Ses pas sont si petits que le progrès l'étouffe.
Malgré tout il avance, éclairé par ses mots...
Solitaire et usé, il ahane et s'épouffe
Or son sourire fripé guérit de tous les maux.
Il détient ce pouvoir de renaître à la ronde
Chaque fois que le vent fait de lui son allié.
Eprouvé mais patient, il veut sauver le monde :
La vérité grandit quand il met ses souliers.
Il sait le poids du temps qui rend vieille une mère
Quand il la voit déchue, oubliée par l'amour.
Il invente pour elle une ardente chimère,
Lui compose un bouquet aux mille fleurs d'humour.
Il ose se moquer des forçats de la haine
Qui ½uvrent sans vergogne et sans humilité
Pour bâtir leur empire en écrasant, sans gêne,
Les simples qui ont tort de croire en la beauté.
Et son verbe irradie exclus et misérables,
Hères et pauvres fous, attirés par le beau
Discours d'un homme, en tous points vénérable,
A ceux dont le destin se résume au tombeau.
Il a peur de faiblir avant d'avoir tout dit :
Que le profit nous tue et que le gaspillage
Enfante le tourment jusqu'à la tragédie.
Laissez-le à sa tâche, il n'a pas trop de temps.
Dites-lui seulement – N'ayez crainte, il écoute –
Votre joie avouée au retour du printemps.




